
«La jeune fille était accoudée au balcon. L’air était frais, mais elle était de ceux qui ont toujours chaud à part lorsque cela les arrange. Elle regardait le soleil se coucher, disparaître derrière l’océan.Il est venu de très loin, au début elle n’apercevait qu’un point noir mais déjà elle savait que c’était lui. Elle est descendue sur la plage pour attendre sa venue et s’est assise face aux flots. Les vagues montaient puis redescendaient inlassablement, au rythme de ses pensées. Son coeur battait vite, mais il fallait attendre car il ne se pressait jamais. Il s’assis à côté d’elle et regarda l’horizon. Ses yeux passèrent sur ses tennis blanches, dont les lacets orange s’étaient usés au fil du temps. Il eut l’air un peu triste. Elle aussi.
– Tu sais, je n’attends rien de toi.
Les mots avaient fini par sortir, elle tourna alors les yeux vers lui, mais déjà des larmes montaient se perdre au bord de ses yeux. Elle ne voulait pas qu’il la voie pleurer.Ces mots lui firent une drôle de sensation dans la poitrine. C’était terriblement doux, tel un indicible espoir qui s’est immiscé en elle et lui. Un silence doux. Un espoir latent. Il ne dit rien encore. Une immensité s’empara de lui; à chaque battement de son cœur, plus rapide, plus fort, se libérait une vague déferlante, océan ravageant son île.
Il ne disait toujours rien, il cherchait son regard, qu’elle avait dissimulé dans l’horizon, pour tenter de retenir des larmes qui n’en pouvaient plus. Elles coulèrent, silencieusement. Il tendit une main délicate vers son visage pour recueillir une perlée tiède du bout de l’index. Puis ses doigts se déployèrent sur sa joue, lissant une mèche de sa chevelure brune, langueur d’une caresse infinie. Elle inclina un peu la tête en fermant les yeux pour sentir la chaleur au creux d’une paume tant attendue.
C’était plus fort que lui. Tous ces gestes qu’il pensait inutiles lui devenaient nécessaires et naturels. C’était plus fort que lui, il se rapprocha d’elle. Et ses lèvres rencontrèrent les siennes. Le temps s’était mu en cet instant fragile où deux âmes trop éloignées se retrouvaient, entières, par la force d’un au-delà sans nom.
Elle fit glisser sa tête sur son épaule et vint se blottir dans ses bras. Elle s’y sentait bien; elle découvrait un monde qu’elle avait si longtemps pressenti, un monde auquel elle appartenait et qu’elle avait enfin atteint. Là, aux creux de ses bras.
– Je n’attendais que toi, lâcha t-elle.
C’était terriblement bon, de l’écouter, de l’étreindre, de sentir ses cheveux balayer son visage. De l’aimer. Sa présence effaçait toute la peine passée d’une vie sans l’autre tel le poids d’un trop grand manque qui s’envolait. En cet instant. Enfin, il respirait. Enfin, il était libre, éperdument libre. Sa bouche, tout près de son oreille, lui murmura ses premières paroles :
– Je te cherchais. Allons, partons ensemble.
Au bord des ondes, ils faisaient tourner leur monde, portant un ailleurs qu’aucun autre ne saurait vivre. Ils semèrent des notes sous leur talons tandis que l’écume des vagues, en fines particules, envolèrent leurs noms. Les noires, les croches et les triolets comme les doublures subtiles des gouttes qui glissent à côté… ronde d’une balade qui n’en finit jamais.»