
«Je glisse dans ce monde lentement, abîmes sans fin qui m’aspirent comme le temps, un air anodin, l’air de rien. J’existe sans parvenir à être moi. Je suis hors de moi, je glisse. À côté des autres, à côté de moi. Je ne fais pas exprès, je fais ce que je peux là d’où je ne suis pas. À me prendre par la main et avancer; à glisser ma main dans celles d’inconnus et à apprendre de leur vie, le furtif, le décousu. De profond, je ne saisis que leurs mots, leur silence, leur semblant et devine le reste, l’essentiel. L’essentiel ou l’insignifiant de l’être ? Là, sur le rebord du monde, c’est toujours le même voilier qui attend, le même train que je ne prends pas. Toujours la même étoile qui brille là haut. Le même écho. Fuir dans les étoiles et s’imprégner de rêves en filaments. Je n’atteints ni la mort ni la vie. Je m’ennuie. Et je fuis, en avant, en avant. Au plus près de toi, mais toi non plus, je ne t’atteints pas. Ou juste du bout des mots, au souffle de la voix. C’est tellement peu quand j’ai tant besoin de te prendre dans mes bras…»
«L’absence me broie. Je ne la fuis pas, je ne la combats pas. Elle est devenue mon ombre, l’espace qui se dresse entre le monde et moi. C’est doux de t’attendre mais bien cruel parfois. Je ne désir pas combler le vide, car rien n’est assez fort pour l’emplir entièrement sinon ta présence. Je ne suis plus vraiment là, je ne suis pas encore vraiment ailleurs. Je vis hors du monde, seul le temps m’atteint. Seul le temps décompte les jours, les semaines, les mois me retenant par le bras dans une réalité que je ne reconnais pas mais qui est la mienne pourtant. Je suis étrangère à la vie que je mène. J’ai l’impression que bientôt je vais rentrer chez moi, mais chez moi c’est ici, dans cette pièce, ce fauteuil, ces draps. Je me suis perdue. J’ai semé derrière moi le réel qui enchaînait mes pas mais je n’ai pas trouvé mes ailes pour m’y arracher entièrement. Je dérive. Je me laisse porter en fermant les yeux. C’est toujours le même train qui n’arrive pas, le même battement de coeur fragile et lointain. Je ne t’atteints que par mon souffle, mes mots, mes rêves et mes espoirs. C’est tellement peu, alors que j’ai tant besoin de renaître avec toi.»