«Tu sais comme tout est fragile dans l’instant. Quand tu visiteras cette pièce, tu ne dérangeras rien. J’ai confiance en toi. Tu vois, sur les murs, j’ai peint des arbres et des océans. Je n’y connais rien à vrai dire mais j’imagine que ce doit être, peut être, comme ça. Toi, tu sais comment c’est, n’est-ce pas ? Évidemment, je ne dirais rien et puis surtout je ne te demanderais rien. Parce que c’est un peu stupide comme question et, au fond, je n’ai pas envie de savoir. Ça pourrait me rendre triste. Tu souris, je crois, devant un tableau de Staël. C’est étrange, ton sourire cache une cicatrice imparfaite. Tu survoles la peinture d’un geste tendre comme si tu voulais caresser les ailes des mouettes blanches qui volent et vivent dans les bleus de l’artiste. À quoi penses-tu alors que tes yeux dérivent sur mon livre inachevé ? Je n’ai posé les mots que sur les pages de droites, laissant libres celles de gauche pour accueillir tes échos… Tu lèves la tête et découvres mon plafond. Invisible. Ou peut être simplement qu’il n’y en a pas. Et s’il pleut ? Moi j’aime la pluie.»
«Echo de mes silences, je trace des mots au son de ta respiration. L’encre coule sur la page, je lie et délie, invente et réinvente. Je regarde les murs, ils m’enchantent. Je ne te dirais pas, la couleur de l’océan, ni les reflets des arbres mais un jour, je prendrais ta main pour dessiner avec toi. Alors que tu dors, je t’esquisse dans ton sommeil avec la douceur du crayon à papier. À quoi rêves-tu ? Poursuis-tu des cerfs-volants qui s’envolent dans le bleu du ciel ? Je te regarde dormir. Au-dessus de nous les étoiles brillent, voûte du ciel, courbe du monde. De mon passage auprès de toi je ne laisserai aucune trace si ce n’est des mots bleus glissés sur quelques pages. Je ne finirais pas l’inachevé en tuant sa beauté d’être. Tu t’agites mais n’ouvre pas les yeux, ton cerf-volant a dû s’accrocher dans un arbre ou a disparu derrière l’horizon. J’effleure ta joue, te voici sur une plage à regarder les mouettes danser. Ballet aérien. Je dépose un baiser sur ton front, il est temps que je file. La main sur la porte, je lance un adieu aux étoiles. Invisible. Ou peut être est-ce déjà l’aurore. Et si elles tombent ? Moi j’aime les étoiles filantes.»
