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«Je marche nue. A chaque pas mon âme s’écorche, s’arrache, chaque pas m’éloigne un peu plus de toi. Chaque pas me fait violence. Je marche nue depuis des mois, le coeur à vif derrière des barrières de sourires figés. Creuser la distance, anésthésier mes pensées, m’exploser contre tout les murs et couvrir ma peau de bleus. Je ne marche pas droit, je tangue comme un navire à la détresse, j’ai de la fièvre dans le corps, des nuits sans sommeil accrochées à mes paupières. Penses-tu à moi encore ? Tu me manques. Peut importe les rencontres, les visages, les mots. Je ne suis plus qu’un corps sans coeur, qu’un corps qui ment. Peux-tu m’entendre quand j’hurle dans le vent ? Quand je parle tout bas, quand je me parle à moi, quand je te parle à toi.
Je marche nue sur des chemins de fer. C’est un peu comme connaître l’enfer, c’est un peu comme être plus vraiment sois-même. J’aimerai juste trouver un endroit pour tomber, m’arrêter, m’effondrer, plonger dans un long coma sans douleur. Qu’on retire le mal de mes veines, la fatigue de mes peines. Que quelqu’un plante une intraveineuse dans le bras pour m’injecter de la paix. Je ne sais plus qui je suis. Je ne sais plus ce que je fais. Je ne sais plus où je vais. Je reste là, à perdre des lambeaux de moi à chaque pas vers demain.
Je marche nue. Je ne veux pas de vêtements, je ne veux pas de pansements, je ne veux pas d’aide. Je marche nue désormais, la chair à vif, les émotions à fleurs de peaux. Peut-être juste me coucher dans l’herbe, devenir un monticule de terre où pousseront des fleurs de pluies. Je suis en train de mourir de l’intérieur tu sais. Il y a quelque chose de mort en moi que je cache derrière de la colère, un optimisme feint et forcé à l’excés, des formules toute faite. Il y a quelque chose de mort en moi qui la nuit me dévore et me ronge l’âme. Le monde est devenu si pâle depuis ton départ.
Je marche nue, ma démarche est automatique, comme les répliques, comme les sourires, comme les projets. Tu n’imagines même à quel point j’ai envie de leur hurler que tout cela m’ennuie et ne m’intéresse pas. Je ne suis plus que l’ombre de moi qui se dérobe derrière des masques. Je crois que j’ai besoin d’être seule, vraiment seule, qu’on me mette en quarantaine. On se sent prisonnier derrière les faux-semblants, on se sent fragile le soir dans son lit. C’est idiot mais j’aimerai juste une paire de bras pour m’entourer et me tenir chaud. J’aimerai juste en endroit où je me sente…
Bien.
Mais en attendant, je marche nue, poitrine ouverte face au vent car après nous il ne reste rien de moi.»
«Car après nous, il n’y a que la solitude pour me tenir chaud. Alors embrasser ses bras, m’y blottir toute entière, laisser le silence ce faire autour de moi. Et peut-être retrouver ma route, cesser d’être mal.
Je marche nue, tu sais bien pourquoi. Tu sais bien comme on se sent l’âme écorchée, sauvage, malade, fragile. Toute ma force se dilue pour masquer le mal, pour sourire, pour me forcer à… Dis-moi, crois-tu sincèrement à ma guérison ?
Crois-tu vraiment qu’on puisse guérir de toi ?»